L’Égypte, le pire pays arabe pour les femmes ?

L’Égypte serait le pire État en matière de droits des femmes. En cause, le harcèlement sexuel, le taux spectaculaire de mutilations génitales infligées aux femmes, l’augmentation des viols et agressions sexuelles, les tests de virginité ou encore les lois discriminantes vis-à-vis des femmes. C’est la conclusion d’une étude de la Fondation Thomson Reuters menée dans 22 pays arabes.

L’élection de Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans, a bel et bien favorisé un recul des droits des femmes. Le coup d’état militaire de juillet 2013 qui l’a destitué a empiré l’insécurité dans les rues du Caire. Et selon un rapport des Nations-Unies, plus de 99% des femmes sont ou ont été victimes de harcèlement sexuel en Égypte.

Mais l’étude est vivement contestée par les Égyptiennes elles-mêmes. Des féministes sont choquées de voir leur pays cloué au pilori, devant l’Irak ou la Somalie alors que des femmes enceintes sont la cible des snipers en Syrie, des Afghanes privées d’école ou encore les Saoudiennes interdites de permis de conduire.

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Femme au volant, mort des ovaires au tournant

SAUDI-WOMEN-DRIVING-RIGHTSSi si, conduire est très très dangereux pour les femmes. Elles risquent même de donner naissance à des enfants anormaux si elles prennent le volant. Faut pas déconner avec ça. C’est un dignitaire conservateur saoudien qui le dit. Parce que, en fait, c’est un truc scientifique : la pression exercée sur les organes reproducteurs féminins, mais uniquement féminins hein, est vachement pas cool. Conduire « peut avoir un impact physiologique négatif. La physiologie et la médecine fonctionnelle ont étudié cette question et trouvé que cela affecte automatiquement les ovaires et retourne le pelvis. C’est pourquoi nous trouvons chez les femmes qui conduisent continuellement leurs voitures des enfants qui naissent avec des désordres cliniques à différents degrés », éclairait ce bon monsieur, le cheikh Saleh Al-Luhaydan, religieux, membre du comité des ulémas et ancien président du conseil supérieur de la magistrature.

Et puis il en remet une couche, des fois que le message ne soit pas passé. Il y a clairement « dans le Coran et la sunna (tradition du prophète Mahomet) des preuves que la conduite des femmes est interdite pour des raisons morales et sociales ». Sans compter que le type est vachement bien informé. Dans les autres pays arabes, 33% des femmes qui conduisent ont été à l’origine d’accidents, contre 9% seulement des hommes. Faut pas plaisanter avec ça.

Un rapport « scientifique » réalisé en 2011 pour le Conseil religieux saoudien affirmait que permettre aux femmes de conduire « provoquerait une augmentation de la prostitution, de la pornographie, de l’homosexualité et des divorces ». Fut pas plaisanter avec ces choses-là.

Pour rappel, l’Arabie saoudite est le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire. Cette déclaration intervient au moment où des militantes saoudiennes lancent une campagne pour braver l’interdiction faite aux femmes de conduire. Ce mouvement, intitulé Saudi Women To Drive, appelle les Saoudiennes à prendre le volant le 26 octobre prochain.

Mais tout le monde n’a pas encore perdu la raison dans le royaume wahhabite. Le chef de la police religieuse a déclaré que « la loi islamique, la charia, ne contient pas de texte interdisant aux femmes de conduire ».

Sans surprise, ces propos ont été moqués sur Twitter. « Il n’arrive jamais rien à vos testicules? Non? Donc on devrait s’en sortir ». « Idiot! Et les voyages à dos de chameau, alors, c’est meilleur que l’auto pour les ovaires?? » fulmine une autre Saoudienne. Excellente question que monsieur le cheikh ferait bien d’examiner au plus vite.

Les Saoudiennes vont braver l’interdiciton de conduire

Des militantes saoudiennes ont annoncé qu’elles prendraient le volant le 26 octobre dans le cadre d’une campagne lancée sur internet pour braver l’interdiction faite aux femmes de conduire dans le royaume ulraconservateur.

« Le 26 octobre, je conduirai une voiture », a déclaré Nassima al-Sada, militante des droits de l’Homme. Une vingtaine d’autres femmes sont également décidées à prendre la place du conducteur.

Les militantes ont mis en ligne une pétition qui a recueilli 5 000 signatures pour réclamer l’autorisation de conduire. Ce droit ne contrevient pas, selon elles, à la charia, la loi islamique invoquée dans les milieux conservateurs partisans de cette interdiction.

« Tout comme les femmes parmi les compagnons du prophète (Mahomet) se déplaçaient à dos de cheval et de chameau, il est de notre droit de conduire en utilisant les moyens de transport de notre ère moderne », expliquent-elles.

Celles qui avaient été attrapées par la police dans pareille position indécente avaient été forcées à signer un engagement dans lequel elles s’engageaient à ne plus récidiver.

L’Arabie saoudite est le seul pays du monde à interdire aux femmes de conduire. Elles doivent ainsi engager un chauffeur ou, si elles n’en ont pas les moyens, dépendre du bon vouloir des hommes de leur famille.

Un Saoudien incite à agresser sexuellement les femmes qui travaillent

En utilisant le mot-clé #harass_female_cashiers (#harcelez_femmes_caissières), Abdullah Mohammed Daoud, écrivain de livres sur le développement personnel et religieux connu en Arabie Saoudite qui a également suggéré que les bébés de sexe féminin devraient porter la burqa pour leur éviter des contrariétés, a incité ses 97 000 followers sur Twitter à agresser sexuellement les Saoudiennes qui travaillaient aux caisses des supermarchés. Et bien sûr, à rester chez elles et à protéger leur chasteté. C’est bien connu, il arrive souvent aux caisses enregistreuses de déflorer les femmes.

Le raisonnement s’appuie sur un sermon racontant qu’un guerrier islamique du 7e siècle ne voulait pas que sa femme quitte son domicile pour se rendre à la mosquée. L’un de ses arguments est qu’autoriser les femmes à travailler est semblable au trafic humain. D’une logique imparable.

Un autre religieux très conservateur, qui soutient cet appel, affirme que la loi contre le harcèlement sexuel proposée par le gouvernement n’a « pour unique but d’encourager la débauche consensuelle ». Tellement affligeant que cela se passe de commentaire.

Un premier club de sport pour les Saoudiennes

Le premier centre sportif pour femmes vient d’ouvrir ses portes en Arabie Saoudite, pays où les femmes doivent avoir l’autorisation d’un parent masculin pour toute décision. Selon Al-Watan, les femmes pourront y faire du karaté, yoga ou cours de fitness, encadrées évidemment par des Saoudiennes formées à l’étranger. On pourrait se réjouir mais ce n’est non pas le fruit d’une bataille pour l’égalité des sexes mais une affaire de santé publique et de lutte contre l’obésité.

Pourtant, les lignes bougent tout doucement dans ce pays ultra conservateur. Début mai, les autorités saoudiennes annonçaient que les filles auraient le droit de faire du sport dans les écoles privées. L’année dernière, l’Arabie saoudite envoyait pour la première fois deux athlètes féminines aux Jeux olympiques de Londres (dans des conditions discutées). Fin mai, Raha Moharrak, 25 ans, devenait la première Saoudienne à atteindre le sommet de l’Everest. Un bond en avant si l’on se souvient qu’il y a deux ans, un membre du Conseil suprême religieux déclarait que les jeunes filles devaient s’abstenir de toute activité sportive « au risque de perdre leur virginité ».

La première Saoudienne à gravir l’Everest

Elle veut servir d’exemple. Elle est la première Saoudienne à avoir atteint le toit du monde et elle appelle les femmes de son pays, qui ne peuvent toujours pas conduire, à croire en elles.

Raha Mouharraq, 25 ans, a réalisé son rêve : franchir les neuf sommets les plus hauts du monde, dont l’Everest, 8 848 m. « C’était une expérience incroyable, dit-elle. Je suis la première Saoudienne mais j’espère que je ne serai pas la dernière », à réussir cette aventure. « Je crois que notre action va pousser les Saoudiennes à croire en leurs possibilités et à se lancer des défis. »

Partie le 3 avril de Jeddah, sa ville natale dans l’ouest du royaume, la jeune femme s’est entrainé pendant un an et demi. Le plus difficile : convaincre sa famille de la laisser partir. Dans une société très conservatrice, ses parents ont dû affronter nombre d’oppositions.

« Une fille est capable de réaliser ce que font les hommes »

Les autorités viennent tout juste d’autoriser les femmes à faire du sport dans les écoles privées. Sous la pression des instances internationales, le royaume avait fait l’effort d’envoyer deux athlètes féminines aux derniers Jeux olympiques. Le roi Abdallah, prudent réformateur, a nommé en janvier 30 femmes au Conseil de la Choura, une instance consultative, et autorisé les femmes à voter lors des  élections municipales en 2015.

Pour l’attaché culturel de l’ambassade saoudienne aux Emirats, « c’est un message pour les hommes avant les femmes d’Arabie saoudite, disant qu’une fille de ce pays est parvenue au sommet et est parfaitement capable de réaliser ce que font les hommes ».

Comme beaucoup de femmes saoudiennes, Raha espère qu’elle pourra un jour prendre le volant dans son pays. « Mais si c’est trop difficile à réaliser, il y a beaucoup d’autres choses importantes sans lesquelles nous pouvons exceller. »

Les Saoudiennes ont enfin le droit de faire du sport

Les Saoudiennes vont enfin pouvoir se dégourdir un peu les jambes et avoir le droit à quelques heures de sport dans les écoles privées, cela va sans dire dans les limites de la bienséance de la charia. Pour les écoles publiques, il faudra attendre, sans doute jusqu’au calendes grecques, la chose avait pourtant été promise il y a deux ans.

Le pays interdit bien des choses aux femmes, comme conduire, voyager seule ou encore porter du vernis à ongles.

L’été dernier, l’Arabie saoudite avait envoyé pour la première fois deux athlètes féminines aux Jeux olympiques de Londres, une judokate et une coureuse. Faut-il s’en réjouir ? Elles avaient la tête et le corps couverts, comme l’avait autorisé le Comité international olympique (CIO). Pourtant contraire à certaines règles sportives et au principe de neutralité olympique.

La première campagne saoudienne contre les violences faites aux femmes

C’est un petit pas pour les droits des femmes mais un grand pas pour l’Arabie saoudite. Voici la première campagne saoudienne contre les violences conjugales, lancée par la fondation du roi Khalid. « No More Abuse », l’affiche représente une femme en niqab. Seuls les yeux sont visibles, et l’un d’eux porte les marques des coups. « Certaines choses ne peuvent pas être couvertes. Combattons ensemble les violences faites aux femmes », est-il inscrit sous l’image.
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